lundi 10 décembre 2007

Challenge

Désigne généralement un objectif non réaliste (faute de ressources humaines, de compétences, de motivation).

A noter à propos de Challenger (source Wikipédia) :

L'accident a été provoqué par la rupture de l'un des joints d'un des deux propulseurs à poudre accolés au réservoir principal d'hydrogène. Il avait souffert de conditions climatiques particulièrement froides au cours de la nuit précédant le tir. Les joints en question, développés par une compagnie américaine Morton Thiokol située au nord des États-Unis, n'avaient pas été testés en conditions de grand froid. Les concepteurs considéraient que le lieu de tir, la Floride, bénéficiait d'un climat toujours ensoleillé. Le fait est qu'un phénomène météorologique touchant assez fréquemment la Floride avait fait descendre la température bien en dessous du point de congélation au cours de la nuit précédant le tir.Les ingénieurs de Morton Thiokol avaient néanmoins de sérieux doutes sur la capacité de résistance du joint au froid, à cause notamment d'incidents remarqués au cours de certains vols précédents. Mais le joint n'ayant pas été formellement testé puisque la question du froid ne s'était même pas posée, ils furent incapables de prouver la faiblesse de cette pièce au directeur de tir.Une simple intuition n'avait pas sa place dans la rationalité des très complexes procédures de prise de décision de la NASA. L'enquête révèlera également que les ingénieurs de sécurité de la NASA estimaient les probabilités d'accident de l'ensemble du dispositif à environ 1 % alors que les directeurs de tirs, prenant la décision finale, tablaient des probabilités mille fois inférieures. Dans ces deux contextes, l'information concernant la solidité du joint ne prenait pas la même ampleur. Les directeurs de tirs décidèrent donc de passer outre et d'effectuer le tir. Funeste décision qui coûta la vie à sept astronautes.

mercredi 28 novembre 2007

Boutique

Le manager aime manipuler des images familières, rassurantes, voire vieille France ; aussi, employer « boutique » au lieu d’ « entreprise », c’est délibérément évoquer ce monde pittoresque où les magasins avaient cette patine et ces parfums (camphre, cire, réglisse..) qui n’appartiennent qu’à l’enfance, évoquer cette époque où, en culottes courtes, l’on atteignait tout juste le comptoir. Pour une somme dérisoire (un franc) on pouvait acquérir un plein sachet de bonbons… Billes, bonbons, ça se tient.


De boutique à boutiquier (fig. homme à idées rétrécies, parcimonieuses) il n’y a qu’un pas, et un autre petit pas nous conduit objectivement au CIDUNATI. Les anciens se souviendront et entonneront, avec un sourire en coin, « libérez Nicoud ».

Une proposition de modernisation autrement branchée : Bootic. Mais c’est déjà pris.

vendredi 23 novembre 2007

(être) Charrette

Je travaillais dans un bureau d'étude quand j'ai entendu cette expression pour la première fois.
J'ai immédiatement eu cette vision terrible et moyenâgeuse d'un groupe de condamnés à mort exposés à la populaire vindicte dans une carriole grinçante et brinquebalante avant d'être pendus, décapités (à la hache) ou écartelés.



Que nenni ! L'expression ne désigne pas non plus la prochaine fournée de licenciements mais désigne un état de surcharge, de stress découlant d'un dossier urgent, important et plutôt en retard. La charrette est curieusement souvent dotée d'un guidon : quand on est charrette, on a généralement la tête dans le guidon.

À noter : la forme grammaticale exotique qu'on peut, conformément aux règles de l'heuristique, décliner à l'envi : être mobylette, être autobus, etc.

Pour l'étymologie, je cite : « Être charrette, c'est être pressé de finir un travail, c'est être presque hors délais : débordé, aux abois parce qu'il faut que tout soit fini à temps. Cette expression a une origine vient de l'École des Beaux-Arts. Les étudiants en architecture, pour passer leur diplôme, devaient présenter au jury une maquette correspondant à un plan précis. Cette maquette était réalisée dans des ateliers, et non à l'École elle-même. Le jour de l'examen, on devait la transporter. Mais comment ? Sur une charrette pardi, l'affaire étant fragile et encombrante. Et cette charrette, traditionnellement, était (paraît-il) tirée par des bizuths de l'École, de jeunes élèves de première année. N'empêche ! la maquette devait être prête à temps, quand la charrette arrivait. L'apprenti architecte était donc " charrette ". Le mot s'est conservé, mais ne s'emploie bien sûr que dans un usage assez familier ».

J'ajoute que la charrette chronique et ostensible a sans doute à voir avec une certaine forme de désordre et de mauvaise foi...

dimanche 18 novembre 2007

Billes

Au sens « managérial », les billes n’ont rien à voir avec les jeux d’enfants ou les roulements (à billes).
Le mot désigne des éléments, des informations : « Tu as des billes pour le dossier Machin » ?

L’intérêt des billes managériales est leur multiplicabilité : j’ai beau filer des billes à Pierre ou Paul (si je suis de bonne humeur), il m’en reste toujours autant ; ce qui est proprement biblique.

Un autre intérêt consiste probablement en la dédramatisation, futilisation même des rapports au travail ; après tout, les billes servent à jouer non ? Alors on est copains, tout ceci n’est qu’un jeu — rien de grave ne pourra arriver (chiiiildren…).



À noter enfin : chez Rabelais (notamment) billes signifie testicules (cf. Erotica Verba).