mercredi 28 novembre 2007

Boutique

Le manager aime manipuler des images familières, rassurantes, voire vieille France ; aussi, employer « boutique » au lieu d’ « entreprise », c’est délibérément évoquer ce monde pittoresque où les magasins avaient cette patine et ces parfums (camphre, cire, réglisse..) qui n’appartiennent qu’à l’enfance, évoquer cette époque où, en culottes courtes, l’on atteignait tout juste le comptoir. Pour une somme dérisoire (un franc) on pouvait acquérir un plein sachet de bonbons… Billes, bonbons, ça se tient.


De boutique à boutiquier (fig. homme à idées rétrécies, parcimonieuses) il n’y a qu’un pas, et un autre petit pas nous conduit objectivement au CIDUNATI. Les anciens se souviendront et entonneront, avec un sourire en coin, « libérez Nicoud ».

Une proposition de modernisation autrement branchée : Bootic. Mais c’est déjà pris.

vendredi 23 novembre 2007

(être) Charrette

Je travaillais dans un bureau d'étude quand j'ai entendu cette expression pour la première fois.
J'ai immédiatement eu cette vision terrible et moyenâgeuse d'un groupe de condamnés à mort exposés à la populaire vindicte dans une carriole grinçante et brinquebalante avant d'être pendus, décapités (à la hache) ou écartelés.



Que nenni ! L'expression ne désigne pas non plus la prochaine fournée de licenciements mais désigne un état de surcharge, de stress découlant d'un dossier urgent, important et plutôt en retard. La charrette est curieusement souvent dotée d'un guidon : quand on est charrette, on a généralement la tête dans le guidon.

À noter : la forme grammaticale exotique qu'on peut, conformément aux règles de l'heuristique, décliner à l'envi : être mobylette, être autobus, etc.

Pour l'étymologie, je cite : « Être charrette, c'est être pressé de finir un travail, c'est être presque hors délais : débordé, aux abois parce qu'il faut que tout soit fini à temps. Cette expression a une origine vient de l'École des Beaux-Arts. Les étudiants en architecture, pour passer leur diplôme, devaient présenter au jury une maquette correspondant à un plan précis. Cette maquette était réalisée dans des ateliers, et non à l'École elle-même. Le jour de l'examen, on devait la transporter. Mais comment ? Sur une charrette pardi, l'affaire étant fragile et encombrante. Et cette charrette, traditionnellement, était (paraît-il) tirée par des bizuths de l'École, de jeunes élèves de première année. N'empêche ! la maquette devait être prête à temps, quand la charrette arrivait. L'apprenti architecte était donc " charrette ". Le mot s'est conservé, mais ne s'emploie bien sûr que dans un usage assez familier ».

J'ajoute que la charrette chronique et ostensible a sans doute à voir avec une certaine forme de désordre et de mauvaise foi...

dimanche 18 novembre 2007

Billes

Au sens « managérial », les billes n’ont rien à voir avec les jeux d’enfants ou les roulements (à billes).
Le mot désigne des éléments, des informations : « Tu as des billes pour le dossier Machin » ?

L’intérêt des billes managériales est leur multiplicabilité : j’ai beau filer des billes à Pierre ou Paul (si je suis de bonne humeur), il m’en reste toujours autant ; ce qui est proprement biblique.

Un autre intérêt consiste probablement en la dédramatisation, futilisation même des rapports au travail ; après tout, les billes servent à jouer non ? Alors on est copains, tout ceci n’est qu’un jeu — rien de grave ne pourra arriver (chiiiildren…).



À noter enfin : chez Rabelais (notamment) billes signifie testicules (cf. Erotica Verba).