vendredi 23 novembre 2007

(être) Charrette

Je travaillais dans un bureau d'étude quand j'ai entendu cette expression pour la première fois.
J'ai immédiatement eu cette vision terrible et moyenâgeuse d'un groupe de condamnés à mort exposés à la populaire vindicte dans une carriole grinçante et brinquebalante avant d'être pendus, décapités (à la hache) ou écartelés.



Que nenni ! L'expression ne désigne pas non plus la prochaine fournée de licenciements mais désigne un état de surcharge, de stress découlant d'un dossier urgent, important et plutôt en retard. La charrette est curieusement souvent dotée d'un guidon : quand on est charrette, on a généralement la tête dans le guidon.

À noter : la forme grammaticale exotique qu'on peut, conformément aux règles de l'heuristique, décliner à l'envi : être mobylette, être autobus, etc.

Pour l'étymologie, je cite : « Être charrette, c'est être pressé de finir un travail, c'est être presque hors délais : débordé, aux abois parce qu'il faut que tout soit fini à temps. Cette expression a une origine vient de l'École des Beaux-Arts. Les étudiants en architecture, pour passer leur diplôme, devaient présenter au jury une maquette correspondant à un plan précis. Cette maquette était réalisée dans des ateliers, et non à l'École elle-même. Le jour de l'examen, on devait la transporter. Mais comment ? Sur une charrette pardi, l'affaire étant fragile et encombrante. Et cette charrette, traditionnellement, était (paraît-il) tirée par des bizuths de l'École, de jeunes élèves de première année. N'empêche ! la maquette devait être prête à temps, quand la charrette arrivait. L'apprenti architecte était donc " charrette ". Le mot s'est conservé, mais ne s'emploie bien sûr que dans un usage assez familier ».

J'ajoute que la charrette chronique et ostensible a sans doute à voir avec une certaine forme de désordre et de mauvaise foi...